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Évaluer les risques

Matrice de cotation des risques

Le Code du travail impose d'évaluer les risques et de transcrire le résultat dans le document unique. Il n'impose aucune méthode de cotation. Cette page en propose une, courante et défendable — et dit clairement que c'en est une parmi d'autres, ce qui change la façon dont il faut la présenter à un contrôle.

Juridiction
France
Dernière relecture

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La conséquence la plus probable si le dommage survient — pas la pire imaginable, sinon tout finit en 4.

Compte tenu des moyens de prévention déjà en place — c'est le risque résiduel qui se cote, pas le risque brut.

Résultat

  • Niveau de risque

    gravité × probabilité

    —

La grille

Votre case est entourée. C'est l'image qui finit dans le document unique — et la raison de garder les échelles à côté.

Gravité × Probabilité — gravité × probabilité
Gravité ↓ / Probabilité → Très improbable Improbable Probable Très probable
Bénigne 1 Faible 2 Faible 3 Modéré 4 Modéré
Sérieuse 2 Faible 4 Modéré 6 Élevé 8 Élevé
Grave 3 Modéré 6 Élevé 9 Élevé 12 Critique
Très grave 4 Modéré 8 Élevé 12 Critique 16 Critique

Les échelles, en entier

Reproduites pour qu'une cotation puisse être vérifiée par quelqu'un qui n'était pas dans la pièce. Une cotation dont les échelles ne sont écrites nulle part ne se défend pas.

Gravité

Niveau Valeur Ce que ça veut dire
Bénigne 1 Soins sur place, reprise du poste, pas d'arrêt.
Sérieuse 2 Arrêt de travail court, sans séquelle attendue.
Grave 3 Arrêt long, incapacité permanente partielle possible.
Très grave 4 Décès ou incapacité permanente lourde.

Probabilité

Niveau Valeur Ce que ça veut dire
Très improbable 1 Jamais observé dans l'entreprise ni dans la branche.
Improbable 2 Déjà arrivé ailleurs, pas ici.
Probable 3 Déjà arrivé ici, ou presque-accidents remontés.
Très probable 4 Se produit régulièrement, ou l'exposition est permanente.

Niveau de risque

Niveau Valeur Ce que cela appelle
Faible 1 – 2 À surveiller. Inscrire au document unique, réexaminer à la mise à jour annuelle.
Modéré 3 – 4 Action à planifier. Inscrire au plan d'actions avec une échéance datée et un responsable.
Élevé 6 – 9 Action à court terme. Mesures compensatoires immédiates si la solution définitive demande du temps.
Critique 12 – 16 Arrêt de l'activité concernée jusqu'à mise en sécurité. C'est la cotation qui justifie un droit de retrait.

Comment le calcul est fait

Il n’existe pas de méthode française officielle de cotation des risques.

C’est la première chose à savoir, et elle est libératrice autant qu’inconfortable. Le Code du travail impose à l’employeur d’évaluer les risques, de transcrire les résultats dans le document unique et de les mettre à jour. Il ne dit nulle part comment attribuer un chiffre à un risque. L’INRS publie des démarches, pas un barème.

Conséquence pratique : votre grille n’a pas à être la bonne, elle a à être défendable. Ce qui se contrôle n’est pas la valeur obtenue mais la cohérence de la méthode, sa constance dans le temps, et le fait qu’un niveau élevé débouche sur une action datée avec un responsable.

Cette page propose la grille la plus répandue — gravité × probabilité, quatre niveaux chacune — avec les échelles écrites en toutes lettres, parce que c’est cela qui rend une cotation vérifiable par quelqu’un qui n’était pas dans la pièce.

La grille

Deux axes, quatre niveaux chacun, un produit de 1 à 16.

Gravité — la conséquence la plus probable si le dommage survient :

Niveau Valeur Ce que ça veut dire
Bénigne 1 Soins sur place, reprise du poste, pas d’arrêt
Sérieuse 2 Arrêt de travail court, sans séquelle attendue
Grave 3 Arrêt long, incapacité permanente partielle possible
Très grave 4 Décès ou incapacité permanente lourde

Probabilité — compte tenu des moyens déjà en place :

Niveau Valeur Ce que ça veut dire
Très improbable 1 Jamais observé dans l’entreprise ni dans la branche
Improbable 2 Déjà arrivé ailleurs, pas ici
Probable 3 Déjà arrivé ici, ou presque-accidents remontés
Très probable 4 Se produit régulièrement, ou exposition permanente

Et la lecture du produit :

Niveau Score Ce que cela appelle
Faible 1 – 2 À surveiller, réexaminer à la mise à jour
Modéré 3 – 4 Action à planifier, avec échéance et responsable
Élevé 6 – 9 Action à court terme, mesures compensatoires immédiates
Critique 12 – 16 Arrêt de l’activité jusqu’à mise en sécurité

Les deux erreurs qui vident une cotation de son sens

Coter la pire conséquence imaginable

À peu près n’importe quel risque peut tuer si l’on enchaîne assez de malchances. Une chute de plain-pied peut produire un traumatisme crânien mortel ; une coupure peut s’infecter et emporter un membre.

Si l’on cote systématiquement le pire scénario, tout se retrouve en gravité 4, la matrice cesse de hiérarchiser, et le plan d’actions devient une liste sans ordre — c’est-à-dire un plan qu’on ne suivra pas.

La consigne qui fonctionne : la conséquence normalement attendue, celle qui se produit dans la grande majorité des cas. Les scénarios extrêmes ne disparaissent pas pour autant — ils relèvent d’une analyse dédiée, pas d’une case de matrice.

Coter le risque brut

L’autre erreur, symétrique. Coter comme si les protections n’existaient pas produit une carte des peurs, pas un plan d’actions : tout est rouge, y compris ce qui est déjà maîtrisé depuis dix ans.

Ce qui se cote est le risque résiduel : ce qui reste après les moyens en place. C’est aussi ce qui rend la cotation utile dans le temps, parce qu’installer un carter la fait baisser — et un indicateur qui bouge quand on agit est le seul type d’indicateur qui serve à quelque chose.

Une nuance : il est légitime de noter aussi le risque brut, pour montrer ce que la protection apporte et pour ne pas oublier ce qui se passe quand elle tombe en panne. Mais c’est une seconde colonne, pas la colonne principale.

Le chiffre n’est pas la réponse

C’est le point sur lequel une matrice se retourne le plus souvent contre celui qui l’utilise.

L’article L4121-2 du Code du travail fixe les principes généraux de prévention, et ils sont hiérarchisés : éviter les risques, évaluer ceux qui ne peuvent pas être évités, les combattre à la source, adapter le travail à l’homme, tenir compte de l’état d’évolution de la technique, remplacer ce qui est dangereux, planifier la prévention, prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle, et donner les instructions appropriées.

Un risque coté 12 auquel on répond par un panneau et un rappel en réunion est un manquement, quelle que soit l’arithmétique. Un risque coté 4 traité par une modification du poste est une bonne prévention. La matrice ordonne les priorités ; elle ne dit pas quoi faire, et elle ne dispense pas de remonter la hiérarchie.

C’est aussi ce qui distingue un document unique utile d’un document unique décoratif : le premier a une colonne « mesure retenue » qui montre qu’on a cherché plus haut que l’EPI avant de s’y arrêter.

Le document unique, autour de la cotation

La cotation est une petite partie du travail. Ce qui est exigé, c’est le document unique d’évaluation des risques professionnels : l’inventaire des risques par unité de travail, sa mise à jour, et sa conservation.

Quelques points que la matrice ne couvre pas et qu’il ne faut pas perdre de vue :

  • L’unité de travail n’est pas forcément le poste. C’est le découpage qui rend l’évaluation lisible : un atelier, une équipe, une activité itinérante. Un découpage trop fin produit un document que personne ne relit ; trop grossier, il masque les expositions réelles.
  • La mise à jour est due au moins annuellement dans les entreprises d’au moins onze salariés, et à chaque décision d’aménagement important ou lorsqu’une information nouvelle sur un risque apparaît. Les seuils et les modalités ont bougé ces dernières années — vérifiez le texte en vigueur plutôt qu’une note interne de 2019.
  • La conservation : les versions successives se conservent, ce qui suppose de ne pas écraser le fichier à chaque révision. C’est le genre de détail qui ne coûte rien tant qu’on y pense, et très cher le jour où l’on doit prouver l’état des connaissances à une date donnée.
  • Le CSE est consulté, et les représentants du personnel apportent en général ce qui manque le plus à une évaluation faite depuis un bureau : ce qui se passe réellement quand la machine tombe en panne à 3 h du matin.

Ce que l’outil fait, et ce qu’il ne fait pas

Il applique la grille, colore la case, et exporte le résultat avec les échelles. C’est délibéré : une cotation sans ses échelles n’est pas vérifiable, et un « 9 » seul dans une colonne ne veut rien dire six mois plus tard.

Il ne conserve rien, n’envoie rien, et ne cote qu’un risque à la fois. Le document unique complet est un autre exercice, et il demande un support qui tient plusieurs centaines de lignes.

Et il ne convient pas à tout : les risques chimiques, le bruit, les vibrations et les risques psychosociaux ont des méthodes d’évaluation propres, avec des mesures et des valeurs limites. Les faire entrer de force dans une matrice gravité × probabilité produit un chiffre sans signification.

Si votre méthode est meilleure

Cette grille est une pratique, pas une norme, et beaucoup de préventeurs ont construit mieux : une troisième dimension pour la maîtrise existante, une échelle de gravité calée sur les catégories d’arrêt de leur secteur, une règle de décision qui force le passage en revue des principes généraux avant de valider une mesure.

Si vous en avez une qui tient, c’est exactement ce que ce site est fait pour recueillir et rendre au métier.

À emporter

Gratuit, sans compte. Chaque fichier porte la date à laquelle son contenu a été relu.

Sources

Textes de référence, vérifiés à la date de relecture ci-dessus. Si l'un de ces liens a bougé, dites-le-nous.

Le guide derrière cet outil

Le document unique (DUERP) : ce que la loi exige vraiment

Ce que le Code du travail impose au DUERP : contenu, unité de travail, cotation, PAPRIPACT, risque chaleur, conservation 40 ans et sanctions. Sourcé et daté.

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